L’amitié sous les draps

Un jeune homme découvre l’intimité d’une colocation nouvelle.
Une petite nouvelle, histoire de changer des BD, pour faire passer du sentiment.

Attention, public averti ! Cette nouvelle publiée par le studio John Doe sous le pseudo de Suika-Chan contient des scènes explicites de Yaoï (sexe homosexuel).

L’AMITIÉ SOUS LES DRAPS

H moins 8 heures et 36 minutes

Le frôlement de la flanelle, le glissement de l’étoffe sur la peau, la simple chaleur du tissu… des petits détails auxquels on ne prête guère attention en temps normal. Et pourtant, en cet instant, toutes ces petites choses semblent éveiller chaque parcelle de ma peau.
Hésitant toujours à répondre à mes pulsions, je me noie pourtant dans son regard. Et finalement, je m’abandonne.

Il y a un mois…

Quelle galère ! Moi qui n’aime pas la compagnie, qui n’apprécie que les loisirs solitaires, me voilà obligé de céder aux réalités financières de ce monde : il me faut un colocataire. Eh oui, il fallait bien que ça arrive. A force de végéter par fainéantise et peur de l’inconnu dans un boulot où on ne gagne que le SMIC, on peine déjà à s’en sortir. Alors quand en plus, on se retrouve à mi-temps, c’est pas viable.
Et c’est pour cette raison que je me sens stressé en entendant tinter la sonnette de la porte. Mon annonce dans le journal avait au moins plu à quelqu’un et son coup de fil m’a fait découvrir quelqu’un de plutôt sérieux et adulte. Aucune raison de faire demi-tour. C’est parti.

Le jeune homme de 25 ans se prénomme Pierre. Assez grand, brun, le visage doux et mature. Il faut avouer qu’il donne une bonne première impression. Et s’il cherche un appartement, ce n’est en fait que pour un mois ou deux. En effet, Pierre est un amoureux des voyages et il joue au globe-trotter depuis déjà 7 ans. Il se promène d’une région à une autre, faisant des petits boulots alimentaires, et s’émerveillant du monde qui l’entoure.
Pas sûr que mon agoraphobie naturelle et mon goût prononcé pour le glandouillage sur canapé lui plaise, mais au moins la courte du rée de notre colocation me rassure. Si je n’arrive pas à partager mon univers, je pourrai arrêter dans peu de temps.

H moins 8heures et 29 minutes

C’est tellement étrange. Ses mains sont pourtant rugueuses et fermes, tout le contraire des mains douces et féminines qui parcourent mes rêves habituels. Et en plus, il est poilu. Je sais, c’est normal, mais quand même, ça fait bizarre.
Je me laisse pourtant faire, hésitant quand à mon ressenti. Mon corps frissonne un peu sous mes vêtements. Ses gestes sont lents mais sûrs. Ils ne me laissent pas le temps de me poser trop de questions. Les caleçons et tee-shirts dont nous étions vêtus pour traîner devant la télé, le soir, me paraissent si peu tout à coup. Surtout alors qu’il me retire le haut.

Il y a une semaine…

Soirée télé. Je pensais qu’avec son goût du monde extérieur, on ne partagerait pas trop ce genre de moments, mais en fait, il est très ouvert. Et mes passions personnelles semblent également l’intriguer. Surf sur le Net, jeux en ligne, dessin, lecture, il est à l’écoute. Et j’avoue que ça me fait plaisir. Un verre de Get 27 bien glacé nous désaltère entre deux paroles.

Je pense qu’une certaine confiance s’est installée. La preuve, je lui ai parlé de ma vie sentimentale pourtant tellement pauvre à mes yeux. Et il s’est comporté en confident. Son oreille est attentive et son épaule me réconforte étonnamment, sans la moindre gêne. Et ce même lorsqu’il me raconte à son tour un peu de sa vie privée et que je découvre ses penchants très libertins. Il semble en effet prompt aux plaisirs qu’offre la nature.
Et moi, je l’écoute, mêlant gêne et curiosité, me narrer quelques aventures d’un soir avec des filles frivoles, parfois plusieurs en même temps. Ça ne me révolte pas le moins du monde, au contraire, je l’envie un peu. Il a l’air de vivre ça tellement naturellement.

Ces discussions tardives sont devenues un vrai rituel pour nous deux. Assis sur des coussins à même le sol, éclairés par une petite lumière d’ambiance, nous apprécions l’intimité de l’autre, en se découvrant tels que nous sommes.

H moins 8 heures et 26 minutes

La lampe de chevet est pourtant petite et son éclairage faible, cela suffit à me faire ressentir un peu de honte. Car plus aucun vêtement ne fait désormais obstacle entre nos deux corps. Et ça n’a pas l’air de le faire hésiter le moins du monde.
Ses mains me caressent depuis plusieurs minutes déjà, et mon érection peureuse devient complète lorsqu’il me prend dans sa bouche. Je ne peux réprimer un soupir d’excitation.
Bon sang, je sens sa langue tourner, un coup rapidement, un coup très lentement. Et c’est bon. C’est vraiment bon. Son expérience en grivoiserie me semble plus réelle que jamais. Ses lèvres refermées m’aspirent goulûment, me contraignant à me cambrer sous l’effet de la jouissance. Les mouvements de mes hanches coïncident avec ceux de sa bouche. Un rythme semble presque s’installer, mais il prend un malin plaisir à me surprendre en détournant le tempo de nos ébats. Ça n’en est que meilleur. Allongé sur le dos, je ne contrôle plus rien et laisse mon corps réagir tout seul sous les assauts de mon amant.

Il y a une journée

Je me contente de m’asseoir sur la chaise, un peu choqué par ma découverte. Le billet de train était catégorique, mon colocataire si apprécié ces derniers temps allait tirer sa révérence et reprendre le cours de ses voyages, dès après-demain.
C’est vrai que je n’étais qu’une étape dans sa vie et que la région est vite visitée, mais quand même, ça me fait un peu mal au cœur.

Le bruit de la douche s’arrête. Je sursaute et remets le billet tel qu’il était, dépassant légèrement de son sac à dos. Après tout, c’était son droit de repartir quand il le voulait. Il m’a prévenu dès le début de la précarité de son séjour. Et puis en plus, ce n’est qu’un colocataire, on va vite repasser à autre chose et continuer chacun notre chemin.
Alors pourquoi ça me fait du mal ?…

H moins 8heures et 21 minutes

Ça me fait du bien.
Je transpire à grosses gouttes maintenant, et mon corps se contracte de plus en plus vite, de plus en plus fort.
Je sursaute. Une sensation des plus inconnues m’a redescendu de mon nuage. Un contact froid et humide que je comprends être un lubrifiant me crispe un instant, mais les frôlements de ses doigts me détendent à nouveau. Ne voulant pas réfléchir, je repose ma tête en arrière et le laisse faire.
Le bout d’un doigt timide de faufile, aventurier tout en douceur. Mais alors que mon corps hésitait encore à ouvrir un passage, il enfonce son majeur d’un geste bref et rapide.
J’écarquille les yeux et me cambre derechef, ne sachant pas quoi éprouver sur le moment. Mais les légers aller-retours qui démarrent me dirigent une nouvelle fois vers la voie du plaisir. Le second doigt est presque une formalité. Je me suis bel et bien abandonné à cette nouvelle étape.

Je ressens pour la première fois la sensation d’une caresse interne, sur une chair palpitante, dépourvue d’épiderme et dont les terminaisons nerveuses doivent être bien plus nombreuses au vu du plaisir procuré.
Tout à sa besogne, il retire doucement sa bouche de mon membre gonflé par l’excitation, me faisant volontairement sentir l’arête de ses dents au passage, provoquant un nouveau frisson. Et par le mouvement d’une caresse ferme, il m’invite à me retourner. J’accepte sans trop hésiter, sentant tout de même une légère peur m’envahir.
Et pourtant me voilà à quatre pattes, la croupe relevée, dans l’attente fébrile d’être ainsi comblé pour la première fois de ma vie.
Ses mains s’agrippent à mes hanches, et il vient.

Il y a une heure

Alors que je sais vivre ma dernière soirée avec lui, je n’ai rien fait de particulier. Et nous nous retrouvons comme à notre habitude, un verre à la main, vautrés dans le salon, à parler. Et alors que la discussion ne s’y prête pourtant guère, je pose ma tête contre lui en lui déclarant qu’il va beaucoup me manquer.
Il semble un instant surpris, mais comprend vite que j’ai découvert le billet de train. Laissant tomber les explications de base, il se contente de me rendre mon affection en me caressant la joue, tendrement.
Dès lors, j’avoue ne pas vraiment avoir compris comment tout s’est enchaîné, mais il m’a embrassé, et loin de m’offusquer, je lui ai rendu son baiser. Je n’ai pourtant jamais eu de penchants homosexuels et lui ne m’a jamais raconté d’anecdotes à ce sujet, mais cela importe peu à cet instant. Je me sens attiré, et je n’ai pas la moindre envie d’y résister.

H moins 8 heures et 18 minutes

Putain, ça fait quand même bizarre. Un mélange de douleur et de plaisir. Je le sens en moi, chaud, vivant. Une chaleur qui semble me remonter dans le ventre. Ma main cherche dans le vide une seconde et se referme avec force sur l’oreiller. La bouche grande ouverte, je halète bruyamment, gémissant sourdement alors qu’il commence à bouger en moi.
En arrière, en avant. Chaque mouvement me paraît durer une éternité, comme il s’enfonçait à chaque fois un peu plus loin. J’écarte encore les jambes pour permettre un meilleur angle, et il accélère.
Ses cuisses claquent contre les miennes à chaque coup. Les ruades deviennent plus violentes et m’enfouissent le visage dans l’oreiller, la gorge asséchée par la dépense physique. Je ne cherche plus à contenir ma voix et soupire de plaisir à chaque assaut.

Les frissons reviennent plus forts que jamais, traduisant mon extase alors qu’il me pénètre de toutes ses forces. Mon corps tremble véritablement maintenant, l’orgasme est là, palpable, et je jouis abondamment sur les draps, sans la moindre retenue, criant par saccades à travers l’étoffe de l’oreiller. Mon corps ne supporte plus cette intensité et je m’écroule petit à petit, succombant un peu plus à chaque spasme de mon orgasme.
Mais le jeune homme m’attrape la nuque d’une main, me soutient le ventre de l’autre et me pilonne avec une énergie décuplée par son propre plaisir.
Quelques secondes de plus suffisent et je sens sa semence se répandre en moi, par à-coups, annonçant la fin de nos ébats.

Il reste encore en moi quelques instants, sa poitrine contre mon dos, savourant son propre orgasme, et le bonheur de m’en avoir offert un, puis il se retire délicatement.
Nous restons l’un contre l’autre toute la nuit, presque sans dormir et parlant peu, nous observant simplement.

Quelques heures plus tard

Un petit bruit. Une fermeture éclair. Celle de son sac à dos. J’entrouvre les yeux. Il a déjà rassemblé ses affaires. Il est habillé. Il va s’en aller dans un instant.
Je ne sais que faire. J’ai tellement aimé cette nuit passée avec lui, mais « nous deux » me semble tellement irréel. Ma tête est encore embrouillée par le sommeil. Il met sa veste et son sac sur l’épaule, et se dirige vers la porte.
Sans réfléchir, juste pour ralentir le temps un instant, je parle d’une voix enrouée par la nuit passée.

– « Merci »

Une seconde suspendue dans les airs. Il a le dos tourné, je ne vois pas son visage. Alors je parle bêtement.

– « Mais tu sais… je suis pas homo. »

Quel con ! Pourquoi je dis ça ?
Il se retourne, très naturellement amusé, et me répond presque en riant.

– « Moi non plus. Allez, salut ! »

Il referme la porte derrière lui et j’entends ses pas descendre les escaliers de l’immeuble. Au bout de quelques marches, je n’entends plus rien.

Heure H

Le réveil-matin indique la même heure que celle du billet de train. Ça y est, il est parti. Et je reste là, à ne penser à rien, à part lui.
Je crois qu’il va me falloir un moment pour me lever aujourd’hui.

En tout cas, je pense que je ne vais pas remettre d’annonce dans le journal. Je crois que je préfère vivre seul.
Ne serait-ce qu’au cas où il revienne.

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